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TOURISME ET SEXUALITÉ EN TUNISIE

Note de recherche

Joseph Lévy

Stéphanie Laporte

Mansour El Feki1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tourisme, tant local qu’international, constitue l’une des industries mondiales

en constante progression. Il représente aujourd’hui près de 12@% de l’économie

mondiale et entraîne le déplacement de plus de 500 millions de personnes par

année (Harrison 1992). Source de revenus non négligeable, il n’est pas sans avoir

des répercussions profondes sur les structures sociales des pays d’accueil, en particulier

les pays en voie de développement qui se voient incorporés plus étroitement

à l’économie mondiale. Cet arrimage entraîne des transformations souvent

profondes dans les secteurs économiques, formels et informels et contribue à la

création de nouvelles institutions. Parallèlement, les interactions entre la population

locale et les voyageurs entraînent la diffusion de nouveaux modèles de comportements

et de valeurs qui peuvent être adoptés ou non par les membres du

pays hôte. Ces processus d’acculturation ou de résistance génèrent néanmoins des

tensions significatives dans le champ des rapports familiaux, de genre (gender

relations) et celui de la sexualité (Kinnaird, Kothari et Hall 1994).

Le tourisme sexuel

Érotisme et exotisme sont souvent conjugués dans les publicités vantant les

destinations touristiques, comme le confirment les fameux quatre S : sun, sea,

sand et sex. Ainsi, au répertoire classique des objectifs des voyages touristiques

(loisirs, affaires, études, congrès, aventures ou circuits culturels), viennent s’ajouter

les motivations d’ordre sexuel qui peuvent s’inscrire dans le cadre d’un tourisme

sexuel défini « comme un tourisme où l’objectif essentiel de la motivation est de

consommer des relations sexuelles commerciales » (Hall 1992 : 64). Même lorsque

la destination touristique n’obéit pas directement à de telles motivations, la mise

entre parenthèses des normes sociales habituelles, liées au contexte ludique et

liminoïde du séjour (Lett 1983), peut amplifier l’occasion de nouer des relations

affectives, romantiques ou érotiques avec des membres du pays d’accueil

(Graburn 1983@; Ryan 1991).

Anthropologie et Sociétés, vol. 25, n° 2, 2001 : 61-68

1. Les auteurs sont respectivement professeur, étudiante et médecin-chargé de cours au

Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal.


 

Ces types d’échanges, sous forme commerciale ou non, se retrouvent ainsi

dans plusieurs pays du Tiers-monde et prennent des formes variées selon les contextes

culturels et les stades de développement économique et touristique (Hall

1992). Si le profil des services sexuels offerts par les femmes a fait l’objet de plusieurs

analyses (voir par exemple, Hall 1994), celui des travailleurs du sexe masculin

est moins connu. La présence de beach-boys, d’escortes professionnelles ou

amateur autour des plages ou hôtels indique cependant qu’ils remplissent une

fonction importante, orientée surtout vers une clientèle féminine en quête d’expériences

sexuelles et qui constituerait près de 10@% du contingent des touristes de

sexe féminin (Maurer 1992). On les retrouve ainsi dans plusieurs zones géographiques

: Moyen-Orient (Cohen 1971@; Bowman 1989)@; Antilles (Karch et Dann 1981@;

Pruitt et Lafont 1995)@; Équateur (Meisch 1995). Selon les régions, ces rapports

s’inscrivent dans un contexte romantique ou plus strictement sexuel.

Ces relations ont des répercussions significatives sur la diffusion des MTS et

du VIH/sida (Maurer 1992). Les études épidémiologiques indiquent en effet que la

progression des MTS et du virus est plus rapide dans les zones touristiques et

l’usage du préservatif y est peu généralisé, même dans les zones à haut risque, par

exemple en Thaïlande (Vorakitphokatorn et Cash 1992). Comme l’a montré

Meisch (1995) pour un village équatorien, la perception locale que le sida ne se

transmet que par voie homosexuelle, l’absence d’informations quant aux facteurs

de transmission et la rareté des tests de dépistage entraînent une sous-estimation

des risques liés aux rapports sexuels avec les touristes.

Ces recherches suggèrent donc que le tourisme de type sexuel peut avoir des

conséquences importantes sur les styles de vie, les systèmes de valeurs et la santé

des populations hôtes. Afin d’illustrer quelques-unes de ces dynamiques, nous

décrirons ici les caractéristiques sociosexuelles d’hommes tunisiens (dragueurs ou

bezness selon la terminologie locale) qui offrent des services sexuels aux touristes,

de même que leurs conduites préventives face au VIH/sida. Nous compléterons

cette présentation par une évaluation de leur statut au sein de la société tunisienne.

Les données recueillies en 1997 proviennent de l’observation de sites touristiques

situés en Tunisie par l’un des chercheurs originaire de ce pays et d’entrevues

semi-structurées effectuées auprès de dix hommes engagés dans la prestation

de services sexuels. Leur âge moyen était de 27,8 ans. Les thèmes principaux concernaient

les sources de connaissance sur la sexualité, l’apprentissage de la

drague, le contexte et les stratégies de séduction, les fonctions de la drague et la

perception par le milieu, la clientèle et ses variations, les pratiques sexuelles et la

prévention du VIH/sida. Les entrevues ont été codifiées puis comparées selon ces

différentes catégories d’analyse afin de dégager les convergences et les écarts dans

les scénarios sexuels, les stratégies de prévention et la perception du métier de

dragueur.



 

Tourisme et sexualité en Tunisie

La Tunisie a connu dans les trois dernières décennies une augmentation significative

du nombre de ses entrées touristiques — plus de trois millions en 1990 —

un développement remarquable lié à la proximité de l’Europe, à son climat tempéré

et à ses ressources culturelles et environnementales originales (Smaoui 1992).

Peu d’études ont été consacrées aux interactions entre la population locale et les

touristes à l’exception de l’étude ancienne de De Kadt (1979) qui avait montré la

présence de contacts homosexuels ou hétérosexuels entre des jeunes hommes

tunisiens et des touristes autour des hôtels et des établissements fréquentés par

ces derniers.

Ce type de service a perduré dans le temps et aujourd’hui des jeunes hommes

continuent de les offrir. Le profil socio-économique des dragueurs interrogés indique

que la très grande majorité avait achevé une scolarité de niveau secondaire et

travaillait à temps plein ou à temps partiel dans le domaine touristique (animateur,

barman, guide-accompagnateur, vendeur). Cette distribution, sans être représentative,

suggère que le secteur d’activité lié au tourisme favorise directement, à

travers l’utilisation d’espaces communs (plages, discos, cafés et restaurants), les

interactions avec les visiteurs et donc les occasions de rencontres qui peuvent

inclure des relations sexuelles.

L’initiation à la carrière de la drague suit deux grandes modalités. Dans la

première, une touriste plus âgée que le dragueur, souvent peu impliquée sentimentalement,

initie aux plaisirs sexuels son partenaire local, qui, de son côté, est le

plus souvent en quête d’une liaison romantique. Le processus de socialisation à la

drague peut aussi se faire au contact d’autres dragueurs que les postulants imiteront.

Comme c’est le cas dans d’autres régions du monde, la prestation des services

sexuels n’obéit pas à une stricte finalité monétaire. On retrouve ainsi certains

des types dégagés par Cohen (1982) dans le contexte de la prostitution

thaïlandaise : a) une forme mercenaire où les services sexuels sont échangés pour

de l’argent et où l’implication affective est absente. C’est surtout dans le cadre de

relations avec des femmes âgées ou considérées comme peu attirantes que l’on

retrouve cette stratégie, de même que dans les rapports homosexuels acceptés

avec réticence et à condition que les dragueurs assument un rôle actif@; b) une

forme mixte où la relation sexuelle s’accompagne de dons monétaires et de

cadeaux offerts spontanément par les touristes ou à la demande des dragueurs@;

c) une forme affective où la relation est établie sur la base de l’attraction

interpersonnelle et un sentiment romantique. On peut ajouter à ces types une quatrième

forme, la forme purement érotique marquée par la quête strictement

hédonique. Ces types ne sont pas exclusifs et les dragueurs peuvent passer d’une

modalité à l’autre en fonction de leur expérience, de la saison touristique et de la

partenaire. La durée de la relation dépend de la partenaire, du degré d’attraction

et du plaisir qui en est retiré. Certains tendent à préférer des relations qui durent

le temps du séjour, alors que d’autres sont enclins à changer souvent de partenaire

pour maximiser leurs gains.

 

La réussite de la drague passe par la mise en place et l’affinement de compétences

verbales et non verbales complexes adaptées aux différentes catégories de

touristes. Ces variations nécessitent l’apprentissage du décodage des scénarios

sexuels et l’intégration de répertoires de séduction qui tiennent compte des éthos

sociosexuels de membres de groupes nationaux et culturels divers. Les dragueurs

tendent à stéréotyper les conduites des touristes. Les Anglaises, les Allemandes

et les Scandinaves semblent ainsi plus à même d’aborder rapidement les thèmes

sexuels que les Belges et les Françaises, plus intéressées d’abord par les échanges

intellectuels. Les Italiennes sont considérées comme plus proches des Tunisiens

dans leur façon de se comporter, à cause de leur origine méditerranéenne commune

et des liens historiques entre les deux pays.

Les dragueurs doivent aussi adapter leurs stratégies d’approche sexuelle en

fonction de paramètres qui incluent l’évaluation du lieu, du moment de la journée,

des intérêts des partenaires sélectionnées, de leur personnalité, mais aussi de l’âge.

Le profil d’âge de la clientèle varie en effet en fonction des saisons. Pendant l’été,

elle est surtout composée de jeunes femmes alors que, pendant l’hiver, la proportion

des femmes plus âgées augmente.

Le succès dans la drague ne repose pas seulement sur l’apparence physique,

la gestuelle, le charme et les capacités d’établir des relations de confiance, mais

aussi sur l’acquisition d’un certain nombre de codes européens liés à la sophistication

vestimentaire, les compétences sociales, les manières de table et d’hygiène

ainsi que l’apprentissage des idiomes parlés par les touristes, leurs expressions et

leurs formes d’humour.

La drague implique donc des formes d’acculturation aux modèles culturels

des touristes, acculturation qui se prolonge au plan sexuel. Les dragueurs sont

unanimes pour affirmer que la sexualité constitue un sujet tabou dans le contexte

familial. C’est dans le cadre plus formel de l’école que des notions de base sur la

puberté, le cycle menstruel et la réponse sexuelle masculine sont quelquefois

transmises. Les programmes de télévision et les cassettes vidéo d’origine européenne

ou égyptienne contribuent à cette information, tout comme les pairs plus

âgés qui ont eu des relations avec des Tunisiennes ou des touristes. Les dragueurs,

à partir de leurs connaissances et de leurs expériences dans ce domaine doivent

élargir leurs scénarios érotiques pour y intégrer les demandes variées des touristes

dont certaines sont en nette rupture avec les modèles locaux. Ainsi, aux gestes

érotiques qu’ils considèrent comme communs à leur culture et à celle des visiteuses

(caresses, baisers, relations orales-génitales et coïtales), s’ajoutent des conduites

plus étrangères au répertoire local : relations homosexuelles passives,

formes de sado-masochisme, de voyeurisme et d’exhibitionnisme (liées quelquefois

à la prise de photographies ou de films)@; activités sexuelles de groupe, relations

extra-maritales et utilisation de gadgets ou d’objets sexuels. Plusieurs de ces

comportements se répercutent sur les pratiques préventives face au VIH/sida et

aux MTS.

 

Tourisme et VIH/sida

Les dragueurs sont au courant du caractère létal du sida, des mécanismes

sexuels de sa transmission de même que des modalités de protection à la suite des

campagnes de prévention menées en Tunisie, des articles de presse et des discussions

avec les touristes. Les croyances populaires postulent cependant que la

source de la transmission du virus en Tunisie provient des touristes européens

mais un doute subsiste quant à sa diffusion par la population locale. La publicité

sur les préservatifs réalisée par la télévision et les institutions de santé, leur coût

peu élevé et leur disponibilité n’ont pas généralisé leur emploi. Considérés comme

une gêne pour le déroulement de la relation et la qualité du plaisir, leur usage tend

à se différencier selon le type de partenaires. Ils sont le plus souvent ignorés dans

le contexte des relations avec des partenaires tunisiennes. Elles réagiraient en

effet négativement à leur mention, car ils seraient le signe que leur partenaire

entretient des relations avec plusieurs partenaires.

La plupart des dragueurs considèrent que les rapports sexuels avec les touristes

augmentent les risques de transmission, mais cette conscience ne s’accompagne

pas de pratiques préventives toujours adéquates. Pour certains, l’usage du

préservatif est obligatoire dans tous les rapports sexuels, même si, au début de

leur carrière de dragueurs, ils n’étaient pas préoccupés par les MTS et le sida.

D’autres modulent leur emploi en fonction des critères physiques, maritaux ou

d’orientation sexuelle des touristes. La beauté, la propreté, l’absence de signes

visibles de maladie comme, par exemple, des boutons au visage, tendent à freiner

le recours au préservatif, ces indices extérieurs étant censés refléter une bonne

santé et donc une séronégativité. Il en est de même si la partenaire est perçue

comme une jeune fille de bonne famille, si elle est mariée, si elle semble avoir une

relation de couple stable ou prétend avoir des relations extra-maritales depuis peu.

À l’inverse, les dragueurs se méfient davantage des touristes qui ont des partenaires

sexuels en série et ils sont alors plus enclins à utiliser le préservatif, comme

c’est aussi le cas dans les relations de type homosexuel.

Cet ensemble de stratégies suggère que la prévention n’est pas encore bien

assurée chez les dragueurs tunisiens, ce qui rejoint les conclusions de recherches

menées dans d’autres régions du monde. La propension à attribuer la diffusion du

VIH/sida aux étrangers, le recours à des critères erronés dans la détermination du

port ou non du préservatif, malgré des connaissances souvent exactes face à la

transmission du virus, concourent à diminuer la mise en place d’une prévention

adéquate. Parallèlement, les visiteurs semblent aussi enfreindre les règles liées aux

pratiques sexuelles sécuritaires, ce qui place les deux groupes dans une situation

susceptible de contribuer à la transmission de MTS ou du VIH/sida.

Le dragueur dans son milieu social

Les activités liées à la drague affectent leur équilibre psychologique et leur

statut au sein de leur entourage et de leur famille. On observe ainsi une ambivalence

face au métier de dragueur et aux prestations sexuelles qui l’accompagnent.

Certains ne leur attachent pas une connotation négative, car ils constituent une

148 JOSEPH LÉVY, STÉPHANIE LAPORTE ET MANSOUR EL FEKI

façon d’accéder, par la fréquentation des touristes, à un autre milieu qui leur permet

d’élargir leur réseau social, de s’ouvrir sur un monde cosmopolite, d’acquérir

une large gamme de comportements européens, de concilier plaisir et travail et de

retirer des avantages financiers souvent significatifs. Ces échanges ont contribué,

chez quelques-uns, à une nouvelle définition de la conception de la sexualité et de

l’expérience sexuelle masculine. Leurs partenaires les ont ainsi aidés à développer

une sexualité moins orientée vers la génitalité et la satisfaction rapide pour

favoriser un érotisme plus diffus qui tient compte du plaisir de l’autre. Cette sensibilisation

à d’autres styles de vie peut les amener à rechercher une partenaire

étrangère avec qui ils sont susceptibles d’établir une véritable relation de couple

ou d’assurer leur séjour à l’étranger.

D’autres, au contraire, se perçoivent plus négativement dans ce rôle et voient

leur estime de soi bousculée. Objets de plaisir, ils se sentent obligés, pour des

motifs financiers, de s’adonner à des pratiques sexuelles qu’ils jugent dévalorisantes

sinon aberrantes, dans un cadre de relations où le sentiment est souvent

absent. Ils insistent d’ailleurs sur les exigences sexuelles insatiables de la part des

touristes qu’ils opposent à la retenue plus marquée des Tunisiennes. Ces comparaisons

les amènent à valoriser les conceptions traditionnelles liées aux rôles et

au statut de la femme tunisienne.

Au sein de leur entourage, les perceptions des dragueurs sont aussi contradictoires.

Leur groupe de pairs tend à les envier à cause des conduites et des symboles

de prestige associés à la drague : liaisons féminines avec des étrangères, port

de vêtements à la mode, ressources financières élevées et comportements européens.

Par contre les jeunes filles tunisiennes, qui s’offusquent de telles pratiques,

seraient enclines à les déconsidérer comme futurs partenaires maritaux et s’interdisent

de les fréquenter. De ce fait, certains dragueurs considèrent cette occupation

comme temporaire, comme une manière d’accumuler un capital nécessaire à

la fondation d’une famille.

L’entourage familial, souvent de milieu modeste et fidèle aux pratiques religieuses

islamiques, est le plus souvent opposé à de telles conduites qu’il associe à

une forme de prostitution rejetée par le code religieux musulman. Même si les

retours financiers peuvent profiter au cercle familial, celui-ci considère que les

dragueurs, en s’éloignant des normes sociosexuelles locales, portent préjudice à

l’image du pays à l’étranger. Certains dragueurs préfèrent ainsi, pour éviter

l’opprobre des parents, leur cacher ces occupations. D’autres, par contre, se heurtent

au rejet des parents qui les considèrent alors comme des étrangers. Les dragueurs

sont donc obligés de composer avec ces perceptions contradictoires qui

peuvent contribuer à nourrir un sentiment d’aliénation personnelle et sociale et

donc affecter leur bien-être physique et mental.

Conclusions

Comme dans d’autres pays, le tourisme en Tunisie peut s’accompagner de la

quête d’expériences sexuelles offertes, entre autres, par les dragueurs, des jeunes

hommes qui travaillent déjà le plus souvent dans le secteur touristique. Ces presTourisme

et sexualité en Tunisie 149

tations sexuelles n’ont pas qu’une finalité financière mais incluent aussi des motivations

sentimentales ou purement hédoniques. La drague nécessite l’acquisition

et l’intégration d’un registre complexe de conduites qui découlent de l’observation

des codes socioculturels et sexuels des touristes et des échanges qui adviennent

avec eux. Cette interface entraîne la transformation des perceptions de l’identité

sexuelle, de l’expression de la sexualité, des techniques de corps et des rapports

hommes-femmes. Ces perceptions qui interviennent sur l’estime de soi peuvent

s’accompagner d’une remise en question ou au contraire d’une revalidation du

système de normes et de valeurs locales.

Les stratégies de prévention des MTS/sida des dragueurs ne semblent pas

adéquates, car l’usage du préservatif dépend de critères qui ne tiennent pas

compte des risques réels. De ce point de vue, le tourisme, comme c’est le cas dans

d’autres régions du monde, peut contribuer à la diffusion du VIH/sida. Les dragueurs

sont aussi confrontés dans leur milieu social à des réactions contrastées

qui vont de l’admiration (chez les pairs) au rejet où même à un ostracisme (de la

part des jeunes filles et de la famille). La drague constitue donc un révélateur

important des tensions et des contradictions sociales et culturelles qui accompagnent

les retombées du tourisme sur le pays hôte. D’autres recherches sont

nécessaires pour approfondir ces nouvelles dynamiques et mieux saisir la contribution

des formes de tourisme sexuel au changement socioculturel.


 

Références

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City », Critique of Anthropology, 9, 2 : 77-93.

Cohan E., 1971, « Arab Boys and Tourist Girls in a Mixed Jewish-Arab Community »,

International Journal of Comparative Sociology, 12 : 217-233.

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Graburn N., 1983, « Tourism and Prostitution », Annals of Tourism Research, 10 : 110-

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Londres, Belhaven Press.

Karch D. et G. Dann, 1981, « Close Encounters of the Third World », Human Relations,

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150 JOSEPH LÉVY, STÉPHANIE LAPORTE ET MANSOUR EL FEKI

Kinnaird V., U. Kothari et D. Hall, 1994, « Tourism : Gender Perspectives » : 1-34, in 

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Ryan M. P., 1991, « AIDS in Thailand », Medical Journal of Australia, 154 : 282-284.

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l’économie, risque pour les sociétés ? Paris, Presses Universitaires de France.

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Traditionally High Users : Japanese Men and Commercial Sex Workers in Bangkok,

Thailand », International Conference on AIDS, 8 (2), abstract no. PoD 5237.

Mots-clés : Lévy, Laporte, El Feki, tourisme sexuel, dragueurs, VIH/sida, Tunisie

Key words : Lévy, Laporte, El Feki, sexual tourism, girl chaser, AIDS, Tunisia

Joseph Lévy

Département de sexologie

Université du Québec à Montréal

C.P. 8888, succursale Centre-ville

Montréal (Québec) H3C 3P8

Canada

levy.joseph_josy@uqam.ca

Stéphanie Laporte

Département de sexologie

Université du Québec à Montréal

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Mansour El Feki

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